Nous sommes tous.tes aliéné.e.s – mais en a-t-il jamais été autrement ? C’est par le biais de notre condition d’aliéné.e.s, et non malgré elle, que nous pouvons nous libérer de la boue de l’immédiateté. La liberté n’est pas un donné – et en aucun cas n’est-elle donnée par quoi que ce soit de « naturel ».
La machine productive écrase, déchire les débors et gonflements de chair dedans une norme standardisée/organe fonctionnelle. Mais ralentir est violence et l’apanage d’une minorité; pleurer les corps dénaturés, une régression conservatiste qui s’entiche d’une valeur/ordre à peine couverte. Une naturalisation d’un second genre dont découle conceptuellement la première. Ériger avec mélancolie une chair vierge et intacte fige un corps plein déchu. Ruine du platonisme, chercher à coïncider son idée pure et originelle, nie le pouvoir de bidouiller, trouer et remuer; transformer et s’affranchir. Les technosciences; pharmacologie, endocrinologie , cyberchirurgie, ouvrent des brèches dans le genre, les corps qu’il faut élargir sinon la trouille.
Le modèle du Transformé comme horizon politique ne préexiste pas; c’est un processus qui incorpore les pratiques émancipatrices de la transformation. Son exemplarité reste en devenir, procède par éclatement au-delà de la forme. Le nœud de lutte ou problème stratégique ne consiste donc pas en la détermination des contours du corps libéré mais au contraire des pratiques, communautaires, rituelles, à construire pour dépecer, ouvrir les plaies et la chair, y glisser les doigts. Jetez les osselets et les ventrées griottes dans le brouet – s’en aller en brouet d’andouilles.
Se libérer c’est s’amputer ou, plus exactement, la libération relève du sacrifice et de son équivocité: La transformation est un renoncement qui laisse le corps infirme dans la production – par ailleurs, elle est son salut.
En amont, douillette considération de cette ambiguïté comme recherche perverse ou oblique ou détournée de plaisir. Or, certainement, le masochiste est corps qui vit très étroitement que la libération est un processus continu. Et qui à en horreur le mode d’interruption “agréable” du processus; c’est-à-dire le plaisir fécal de l’intégration à la production: Il le repousse sans cesse, au profit d’un véritable champ d’immanence de la libération qui ne doit cesser de se reproduire elle-même.
La logique marchande s’efforce de faire plier le corps-objet au schème machiniste organisé/ordonné déterminé par l’entendement productif finalement mis en échec par un corps indéterminé. L’imagination alors, manifeste sa liberté en réfléchissant le corps transformé; lequel procède par dé-sclérification, mise en marche du processus et mise en jeu. Autrement dit, le corps transformé libère l’imagination de l’entendement productif en tant qu’il constitue un corps sensible irrationnel dans la logique marchande.
Emporté par la fièvre, le nerveux délire Yvain et Laudine et Madeleine. Sauf l’orgasme, Ne me touche pas! Jn 20.17 prononce-t-il tout tourné sur elle: il semble voiler son érection ou la contenir. Dans un essaim de représentation de la Passion, le fantôme du phalle, soudain se profile sur le bas ventre du Christ crucifié, s’enroule derrière l’envol du linge, comme l’index de saint Jean-Baptiste – levé vers une absence. Il hante le trou, manque, sous un pagne dont on perçoit lorsqu’il est presque transparent, qu’il voile le rien. Le Christ amputé – Si ta main ou ton pied entraînent ta chute, coupe-les et jette-les loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie manchot ou estropié que d’être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel ! Et si ton œil entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer borgne dans la vie que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu ! Mt 18.8-9 – Marque l’écart, prononçant l’anathème, rompt chaîne: il est dépouillé, vidé (kénose). Alors on le touche du dedans. Il dit à Thomas : « Avance ici ton doigt et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi. » Jn 20.27
“The cyborg does not expect its father to save it through a restoration of the garden; that is, through the fabrication of a heterosexual mate, through its completion in a finished whole, a city and cosmos. The cyborg does not dream of community on the model of the organic family, this time without the oedipal project. The cyborg would not recognize the Garden of Eden; it is not made of mud and cannot dream of returning to dust.” Le second genre de naturalisme – rappel à l’état genèse de nature antérieur à la chute, retour à la nudité du jardin – ignore la faute commise de fait et détourne la face de la main qui lui est tendue: Comme tous meurent en Adam, en Christ tous recevront la vie. Co 15.21-22 La nueté équivoque de son corps revêt un caractère positif à plus forte raison lorsqu’il est entièrement décharné et au-delà la forme: si c’est le greffon alors c’est la plaie. Si c’est la plaie, c’est la mort. Si c’est la mort, c’est aussitôt la vie.